Partager l'article ! De marche en granit: Jean-François Dormois De marche en granit 1 Il marche A rendre haleine Il marche A perdre ...
Jean-François Dormois
Il lui faut cacher bien cette molle main gauche
dedans sa poche gauche
pour sentir de sa cuisse en feu
un muscle tout raidi
qui s'active et durcit
dans l'effort sans raison
Un moment sous l'éteignoir le soleil
a réchauffé le caillou transi
Une autre paraissait plus douce
Et moins pentue Moins étroite
Son ombre vacille et cahote
Mais il consent à redescendre
jusqu'aux rumeurs des hommes
qui s'éveillent à peine en amère sueur
5
Par des sentiers qui taillent l'horizonp
plat comme un faux désert
Par des prés d'herbe froide
et plus ras qu'une lande promise
de vies sur leurs béquilles
dans leur laine frileuse
7
Eh Vieux guerrier tu rampes
comme une ombre assagie
poussant par-devant toi
dans la roche et les mousses
ta conquête éreintée
Puis ton pas chasse un autre
de son élan de plomb
jusqu'à l'abysse noire
de moiteur immobile
La ville étalée dans les pieds du plateau ronronnait à demi comme un chatte lourde et repue que ne distrait plus le pendule figé de fil et de liège accroché là
par l'enfant trop vite grandi dans la ville étalée qui se tait qui s'éteint.
9
Un homme de guerre a commandé là
Mais il ne guettait
de son donjon de givre et d'air courant
Mais le mâche-heures écumant
son périple râlant
continuent d'entailler
le granite rompu
qui feint de s'écarter
quand s'alourdit le pied
du passager fugace
Et la route, tout au fond flou,
plus étroite et serrée
que la gorge sans mot.
Derrière la grille noire et sa muraille blanche.
12
Sur la place en dévers
où rien ne passe
ni personne jamais
Mais comme en d'autres jours
guette pareillement
la paresse du soir
qui se glisse rompue
dans l'antre et le coton
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Le soleil est aveugle
et dissout le caillou
sur lequel amolli
le passant vient chauffer
sa fatigue accomplie
Mais gronde à grands fracas
la sirène sans chant
qui redresse les hommes
Sans fatigue il prend sa place
offerte sur la pierre qui croule
Et songe à ses jours
égrenés et cariés
crachés à petits jets
d'une bouche branlante
Il sombre au fond des mots
qui dressent le rempart
du labyrinthe clos et du dédale borgne
où s'en iront cogner
les trois coups délébiles
de l'encre épaisse et noire
que déverse écumant
le remous de sa course aux ailerons perclus
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Au matin, quelquefois - mais que c'est rare ! - il claque sa douleur ainsi qu’une porte, et s'en va.
Les mousses corrodent la route en son milieu. Les fossés sentent la semence d'homme et les averses qu'on a tant guettées par ici. Les herbes s'affolent, le griffent au passage. Le craquement d'un orme le surprend, l'épouvante, crève et creuse l'idée fixe qui s'enchevêtre ainsi que ces racines vives au flanc du talus.
Et puis il joue soudain : à mesurer ses pas, plus raides, plus longs. L'effort entre les pins qui saillissent lui donnera ce soir la paix rugueuse des brutes besogneuses.
Sur la feuille
à la diable
épeler quelques rimes
que trempe la sueur
Et tout au bout d'une course qui résonne au creux du granit antique et bombé, qu'aura-t-il accompli ?
La douleur… un instant dispersée.
Le repos… malmené dans sa bauge par ces nuits qui n'apaisent plus.
Et ces mots ne seront
qu'un jet d'encre commis
sur le coin d'une borne
19
Et près du monument des morts
désertant la campagne
un vieillard attentif
et sous son béret creux
guette l'heure effacée
qui se terre en son champ
des conquêtes perdues
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Ce que tu quêtes par lambeaux
comme un chiot sans attache
par-delà granit et genêts
Même si ton geste vacille
Même si ton souffle rancit
à l'arène éclatée
aux pentes les plus raides
aux ronces qui te flattent
par le sel en tempête
qui dégoutte au regard
inquiet comme vigie
Une vie qui s'échauffe
dans les fonds de ta gorge
et crève à gros bouillons
comme fleuve en fusion
Ce que tu quêtes par lampées
L'allée n'avait plus ses chalands
Dans le mur clos d'en face
on avait abaissé la porte en brique étroite
Lors il s'était posé
dans l'herbe du côté
Pour s’aplatir un instant
un instant seulement
La face contre terre
Et son ventre aussi
Dans l'air en tourbillons
d'un automne assez tiède
comme la braise mauve
des pivoines défaites
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Vers sa roche dressée
qui s'effrite au désert
il conduit sa lenteur
au goût gris de poussière
Mais dans les flots soudain
recuits du soleil au sommet
il s'effraie du murmure
qui s'en viendrait cogner
Au pas tranquille A sa vacance
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Il est midi Clair et glacé
Derrière sa vitre close
et barbouillée d'ennui
Ulysse Chenapan
voit saillir ses poireaux
dans le sillon reclus
de son voyage antique
24
Il lui suffirait d'être
au soleil au matin
De cheminer sans hâte
et sans crainte qui flotte
On lui demanderait
des nouvelles des mots
qu'on lui reconnaîtrait
Puis il guetterait l'heure
où le vin collant coule
à petits rots mouillés
vers le palais mi-clos
Il lui suffirait d'être
au soleil au matin
De cheminer sans but
D'être un moment connu
MAIS
Ce ne sera jamais
que l'histoire inconnue
dans son fond de terroir
d'un marcheur étêté
Ce ne sera jamais
que la quête en lambeaux
d'une rime bien pauvre
à la juste raison
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