Alors les vieux hommes de peine
à coups de croc rouillés lacèrent
la terre
Ainsi que leur déveine
Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous !
1.
DIALECTIQUELe Désert du DésirLe Désir du Désert
2.Sa douleur est murailleEt le coupe à jamaisdu continent des hommes
3.PRIE-DIEU
Comme l'une et soleilen glaise il a portéles deux roues ébréchéesd'une naine odyssée
4.
Rongé par ces clameursqui taraudent la chairqu'il aimerait se taireEt ranger sa fureurEn sa gorge En ses terres5.Sa fatigue est immenserenversée sur son dosMais une fois encoreil lui faut épeleret ce geste et ce motqui le rendront au monde
6.
Certains matins parfoisdans des sanglots baveux
il broie le souvenir
de courses plus alertesdans leurs galops nerveux
7.Il peuple son désertd'une histoire aux mots closEt borgnes dans sa nuitqui se cogne à la dune
8.
Comme une verge soupleen la retraite videson désir infinise love et se flagelleen la coquille grêle9.Il use tout son tempss'écoulant et roulantà veiller à giflerla douleur et sa plaiebaillant à grand fracas
10.Par hasard quelquefoisil se prend à poserun geste après un gesteSans rage Et sans accroc
11.
Dans son antre envaséle Cyclope est assisse gratte le regardMais ne guette Personne
12.
De la grève sans plainteil jette son message muré dans la bouteilleoù s'arrondit la vagueau goût d'écume lasse13.
PATELLA
Deux courtes ailesdeux colonnes qu'on briseà marée basseont figé son envolDésormais il n'a plusque le ventre ulcérédans les talons boiteux
14.
Sa bouche est habitéepar la douleur uniquede tous ses motsSans nombreSa page est visitéepar la rumeur uniquede tous ses mauxSans nombre
15.
Tout au bout de sa courseà goût de souffle ranceil frôlait ce reposlas Devaient en jaillirde lentes épopéesbien plus naines encore16.D'où lui vient dans le tempscette peine à comprendreet les mots et leurs plaiesqu'il épelle et bégaiesur la ligne des pages
17.
Parfois d'un îlot qui dériveau creux des vases mollesjaillit un cri de nainMais la gorge est sans fond
18.LOVEJusque dans l'intérieur de l'intérieurde quelques mots de quelques traits à peineIl ne rêve plus Qu'un silence clos
dans l'ombre lisse et la coquille tiède
19.
LE CRI DU DECOUVREUR
Taireà jamais ce cri tous ces cris déboutésd'humeur et de colèreLes remettre au silenceEt tous aux quatre coinsde la chair au calvaire20.La pierre est son décorsans effroi ni frissonElle accueille en son grainle vacarme vaincude ses vagissements
21.Ainsi qu'un oiseau nul'instant s'est suspendusous la brume étaléemenace de sombrerdans son vaste silence
dans sa pâle vacance22.Un ciel bas qui s'affaisses'emplit de ses noirceursDes champs clos qui dériventvoguent sur leurs eaux mollesC'est le décor en pluiede l'instant qui s'afflige23.
Du fond de vaseet d'écume ont surgila nausée tiède et son crid'épouvanteDès lors ne restait plusqu'à chevaucher à crula croupe énervéede jours en délire
24.Le geste en catastrophearase les oragesdes mots qu'on dissimuleen tremblant sous la table
25.
Des fleuves corrompus d'hiverdans leurs baves moisies charrientla bave d'une causerieComme une traîne d'existence
26.
C'est un soir de lenteurqui ronronne et s'abatSon aile est maladiveet se brise dans l'ombreOh vois l'oiseau déchusur sa roche perclus27.Le jour s'abaisse Etsa brume débarquesur les quais alourdispar l'errance et l'exil
28.
Sur sa place au carréle tilleul esseulédans les bribes du ventse ride un long momentjusqu'au fond de son tronc
29.
DUELCorps à coeurCoeur à corps
30.
SAUDADEAu bout de son exilil s'en redescendrale soir au coin natalEt s'y déposerad'un pas lourd d'orphelincomme au flanc bienveillantd'une femme attentive
31.De l'aube au crépusculeil porte en son front lissele vertige et le glasde leurs lèvres aphones
32.Fallait-il à tout romprecogner sa ride creuseà la brique oublieusedes demeures sans foi
33.
De leurs flancs bas et videss'émiettèrent ces larmeséternelles dresséescomme ces rochers dursde l'époques effacée
34.
Sous sa tente fenduel'enfant seul et vainqueurmime sa juste guerrecivile dans son corpsEt dans ses demi-sphères
35.
Sa chair en la mémoiregarde et nourrit en corpsou la griffe saignanteou la caresse absente
36.
Sans cesse il jetteraitet des mots et leurs lettressur la page sans traceS'il en avait encoreet la plume Et l'envie
37.
Les temples effondrésdes mémoires antiquesvastes palais désertsserrent leurs portes closessur les gonds verrouillésgrinçant à leur insu
38.
Il entre en la demeureoh la rime facileet de glace et de marbreoù le ventre cri Non
39.
TRIPTYQUEIl aimerait tant quedans une cité chaudeleurs pas enfin se fondentdans la même épopéeSans trouble Et sans mot dire40.E.B.La femme répétaitles pieds dans les tisonsA quoi bonL'homme écrivait penchétout au bout de sa ligneA quoi bon
41.
VERBA VOLENTSans les maux les journéescomme page ne seraientque demeure lisse et blanche
42.
De maints discours si mal tenusde quelques gestes vite enfouisdira-t-il un soir l'épopéesans gloire et de tumulte idiot43.
De tous ces motsleur logique voudraitqu'on en finisseavec leur alphabet44.
Les cris toujours l'écritpour grossir une feuillesoufflant la rime en deuilQui serait féminineQui serait masculinePour définir et cloreun triptyque orphelin
45.
Il faut laisser peserle silence de marbreEt mettre sous scellésplus que les premiers motsbien plus que leur échoLeur seule souvenance46.A-t-il un jour priéde pousser des ans durantdes heures de vie Dit-on
47.
Aussi lente et poissée
qu'un trait de pus caillésa vie s'écoule Et couleUn geste après un gestedans un delta d'oublivers le désert ouvert
48.
S'infliger tout au longdu jour lent qui s'épuisece mérite inutileet grandiose de vivreEt pour étancher mieuxce devoir assoifféqui dessèche la gorgerêver au soir qui tombela bière sous sa mousseSi fraîche Et bien profonde
49.Dans un jet de salivedéfinitif et sale
le voici qui s'éteinttel un brandon mouillé50.Trop chargé de sa viesi pesante si lourdeil s'en va basculermort ou vif en avant
Mais à perpétuitéce devoir d'exister
Ce matin-là, c’était un lundi, j’avais le moral dans les chaussettes, comme disent les pros de la petite reine. La veille au soir, vers 20 heures, le petit tsar dans son cosy avait triomphalement triomphé. J’avais passé une bonne partie de la soirée à zapper d’une chaîne à l’autre afin de connaître les analyses des unes et des autres… Aucune ne me satisfaisait. J’avais mon idée sur ce tournant de l’Histoire. Mais bon, je ne suis pas là pour causer politique ! Ce matin-là donc, je me traînais d’un pas traînant vers mon LP en me doutant bien que les rangs seraient clairsemés dans ma classe de BEP. Il était évident que ces chères têtes blondes, en majorité des internes, n’allaient pas rejoindre leur havre pédagogique alors que le lendemain, mardi 8 Mai, était un jour férié ! Entre deux cafés costauds, j’avais donc gribouillé un exercice d’écriture bateau au cas où il y aurait quelques accros de la chose littéraire.
Ecriture longue
A l’aide des éléments suivants, imaginez et écrivez une courte nouvelle appartenant au genre policier (récemmentétudié en classe)
Qui ? Des jeunes de votre âge (faire un peu de jeunisme !) comme personnages principaux ainsi que divers personnages secondaires
1- Votre texte devra commencer par la phrase suivante : « Ce matin-là, tout était calme dans la cité qui dormait encore. »
2- Vous devrez intégrer (dans n’importe quel ordre) les 5 mots suivants : « immeuble, scooter, disculper, portable, cave »
3- « Votre texte devra comprendre des passages narratifs et descriptifs ainsi que des paroles rapportées (discours direct ou indirect)
Je l’avoue, je ne m’étais guère foulé. Vite fait, je tirais la vingtaine d’exemplaires nécessaires en bougonnant un vague Salut aux quelques collègues dont je soupçonnais certains d’avoir cédé aux propos médiatico- populo- démago- hystérico- mensongers de l’apprenti Bonaparte-le-Petit. Derrière lesquels se dissimulent les attaques d’une violence inouïe contre les acquis de la classe ouvrière ! m’eût commenté notre ancien soixante-huitard qui n’a pas cours le lundi matin
Ces chers petits étaient… trois à m’attendre !
Je leur distribuai l’énoncé approximatif. Oui, bien sûr, ils pouvaient travailler ensemble. Je leur distribuai quelques outils de remédiation. En clair, des dicos, trois Bled et trois livres de grammaire. Et je me plongeai sans conviction dans un paquet de copies. Sans regimber, ils se mirent à l’ouvrage. Ils furent même très sages, très concentrés, se contentant seulement d’échanger des propos sans augmenter le volume sonore. Ils refusèrent même de sortir un moment quand la sonnerie de 9 heures retentit. C’est dire ! De temps à autre, ils m’interpellaient pour obtenir un renseignement. Je répondais, j’expliquais en usant d’une langue un peu plus châtiée que celle que vous lisez présentement. A dix heures, je ramassai. Ils avaient fait fort ! Trois pages A4 d’une écriture fort lisible, celle de Jonathan Queutois, le calligraphe de service
A dix heures et quart, après la récré, comme j’avais achevé la correction de mon paquet de copies (d’un cru médiocre), j’entrepris de lire ce qu’ils m’avaient remis. Je transcris, tel quel. Je ne garantis pas la qualité de la langue utilisée.
Ce matin la, tout était calme dans la citée qui dormait encore. Il y avait pas de bruit et personne circulait aux pieds des HLM. Franck devait dessendre dans la cave pour y aller cherché sa mob pour aller à son CFA car il était apprenti plombier. Quand il arrivat dans sa cave à eux qu’il fermait bien à cause de tous les turcs, il poussat un grand cri de téreur.
- Merde !
Il sorta de la cave et remontat les escaliers quatres à quatres pour aller prévenir ses parent qui dormaient encore car ils avaient bu trop de mousseux le dimanche au soir pour féter la victoire du président qui avait gagner et qu’ils aimaient bien car il allait leurs donner du travail comme ils voulaient.
- Papa ! Manman ! cria Franck très fort pour les réveiller.
- Qu’es-ce qui ya ? Demandat son père qui n’était pas de bon poil qu’on le réveille comme ça avec des cris.
- Viens voir vite dans la cave !
- Tu m’emmerdes ! J’ai pas que ça à foutre. Faut que j’aille bosser.
- C’est grave. Faut que tu viennes.
Après son père qui s’était habillé et Franck ont descendus dans la cave.
- Merde aussi, a dit son père. Faut prévenir les keufs avec ton portable. Et dis rien à ta mère, elle serait folle.
Franck et puis sont père, ils avaient découvère une morte dans un coin. Grâce à son portable SAMSOUG, la police est vite arrivée. ils ont dit à Franck de rester pour qu’il soye témoin de ce qu’il avait trouver dans la cave en cherchant sa mob. Franck, il a tout raconter, mais pas trop de choses car il en savait pas plus. Il a dit qu’il connaissait un peut la fille qui habitait l’immeuble qu’on appelle les Bermudes mais qui est de l’autre coté du terrain de foot dans la citée. Après, comme dans les séries Américaines, plein de types avec des apareils modernes sont venuent mais Franck a pas pu rester car il n’est pas pompier ni de la police.
Un policier lui a dit : « Vous devrez rester à notre disposission pour qu’on vous interroge encore ». Et Franck était secoué, il n’est pas aller travaillé. Après, le directeur du CfA lui a dit : « Je comprend, mon garçon ».
Le lendemain, Franck a lu le journal même si sa ne l’intéresse pas les nouvelles car il y a trop de politique. Mais il a lu l’article qui prenait toute la page avec une photo du HLM.
C’était un crime. La fille avait été étranglé mais il n’y avait pas eu de violances sexuelle. La fille, on donnait pas son nom car elle était mineur. Mais on la connaissait tous un peut car elle habitait dans la citée.
Dans la gage d’escalier, les jours après, tout le monde causa de la fille.
Manu savait des choses. il raconta des histoires qu’on savait pas. On lui donne la parole :
« Elle allait avec tout le monde, juré ! Tous ceux qui voulaient. Mais elle se faisait payé. C’était pour acheter des tas de trucs. Ses parents, ils sont Rrémistes, ils n’ont pas les moyens. Oui, j’vous jure, elle se faisait payé. Mais elle allait pas jusqu’au bout. Elle faisait que des branlettes ou des pipes avec une capote. Elle faisait ça avec des vieux, mais elle préférait tout de même les jeunes. Plein de mecs, mais pas moi, y sont passer. »
- T’exagères. A dit Kevin, pas le Kevin qui à un scooter bidouillé, mais le Kevin qui a des boutons partout.
- T’aurais payer, même toi, elle aurait bien voulu.
Les autres ont bien rigolé et ont vexer Kevin qui est parti.
Après, pendant des jours, la police n’a pas trouvé le criminel. Franck ne lisait plus le journal car on écrivait moins sur l’affaire. Sauf un jour ou il y a eu un grand article pour raconter qu’ils avaient trouver un suspect qui était un vieux pété de thunes qui avait déjà eu des histoires dans le temps avec des gamines. ça arrangeait bien Franck que c’était pas un type de la citée car on disait pas mal de conneries sur la citée où tout le monde est comme ailleurs, il y des bons mecs et des moins bons.
Après, le vieux plein de pognion, ils l’ont dixculpé car il avait un alibi qu’ils ont vérifier. Alors, la police, ils sont revenuent dans la citée. Ils ont interroger encore pleins de gens, des hommes et des plus jeunes surtout parce qu’ils avaient convoqués Manu qui leur avait raconter leurs salades qui n’étaient pas bidon. A force, ils sont tombé sur le bon numéro. Un soir, on les a vu qui sortaient avec le Kevin qui n’a pas de scooter mais des boutons partout.
Tout le monde était sur le cul quand on a su ce qui c’était passé. Le Kevin avait vu la fille dans la cave et il lui avait proposé la chose avec des thunes. Mais la fille avait bien rigoler et s’était foutue de sa gueule. Et Kevin avec ses boutons l’avait mal pris et il avait péter un cable et il l’avait étrangler et il avait même pas trouver le moyen de cacher le cadavre.
Voilà ce qui est arrivé dans la citée des 100 soucis qui est un nom qui devrait porter chance mais où c’est plein de malheurs pour ceux qui se lèvent tôt pour aller travailler moins et gagner moins car ils ont pas un vrai travail comme avant.
Mon trio de Maupassant en puissance avait ajouté un petit mot mais en omettant le PS.
on a bien aimer ce que vous avez demandés car ça nous change des devoirs que vous donnez. Soyez pas sévère pour les fautes et les gros mots car c’est la vie.
Il ne me restait plus qu’à souligner ici et là quelques petites erreurs afin de rétablir un ordre juste dans l’orthographe et la syntaxe.
Elle est encore là, en face, sur l’autre rive de la rivière plutôt sale où il taquine le goujon, comme on dit. Elle est là, mais elle ne s’agite plus, elle ne frémit plus, elle ne ronronne même plus. Ce n’est plus qu’un tas que des hommes ou le temps raseront. Plus une fumée, plus un bruit. Pas une âme qui trotte ou qui vive entre ses grands murs de ciment pisseux.. Que le grand silence lessivé parfois par les pluies raides. C’est plein de vitres brisées par les gamins qui viennent traîner dans le coin. C’est plein de slogans délavés sur les portails cadenassés.
C’est plein de vieilles affiches de toutes les couleurs défraîchies par les saisons qui passent. C’est plein de graffitis, d’étranges dessins tout tarabiscotés dont il ne saisit pas le sens et qu’il trouve dégueulasses. Salissent tout., ces petits cons ! Ne respectent plus rien ! Feraient mieux d’aller bosser ! Mais il se reprend vite et rectifie. C’est pas vraiment leur faute. C’est pas si facile dans le coin, et même dans les environs, dans tout le département, d’en trouver un boulot, un vrai boulot s’entend. C’est sûr que ça se fait de plus en plus rare. Comme se font aussi rares les poissons auxquels il se met à parler et qui seront les seuls à bien vouloir lui prêter une ouïe attentive. Il se met à parler tout seul parce qu’il n’y a plus guère de copains avec qui parler de tout ça. Ils en ont plus que marre aujourd’hui de toutes ces vieilles histoires passées, ils préfèrent parler de leur bagnole ou du foot. Alors, il se cause à lui, comme le vieux gâteux de l’hospice, celui qui tape des clopes aux passants à la sortie du supermarché.
Tiens, ils vont encore en fermer une, la taule où bosse son beau-frère. Moins deux mille, qu’ils annoncent. Pourtant, c’était une grosse boîte, la plus grosse du département, un monstre. Là, t’avais une bonne place, avec des primes et plein d’autres avantages. Et bien, ça va finir tout ça, les acquis comme on pouvait dire. Ils lui donnent encore deux ans à la boîte.. Après ça, ils la ferment. , C’est déjà tout programmé. Ils disent que c’est la faute à de nouveaux produits qu’on peut pas fabriquer ici. Tu parles ! Il suffirait d’y réfléchir un peu. Mais non, ils préfèrent déménager ailleurs, là où ça revient moins cher, là où les gars bossent plus de dix heures par jour pour peau de balle ! Putain, si les vieux revenaient, s’ils voyaient le carnage, ils se tireraient une balle dans le slip. Et sûr qu’ils nous engueuleraient d’avoir laissé faire.. Pourtant, on s’est quand même bougé le cul pour la sauver, la taule, et, surtout, notre boulot ! On a tout essayé. Et qu’on s’est réunis, et qu’on a fait des lettres, et qu’on a fait signer des pétitions, et qu’on a vu du monde, des huiles de la direction, des huiles politiques (ah ! ceux-là, les politiques de tous bords, je te jure !), et qu’on en a distribué des tracts, et qu’on en a fait des réunions pour informer, pour sensibiliser la population et les autorités, disaient nos gars des syndicats qui ont bien fait leur boulot ; il faut le reconnaître car c’est loin d’être toujours le cas.Un jour, on est même montés à la capitale, au siège social, avec tous nos déguisements, les casquettes, les chasubles, les badges, et les sifflets, et la sono, et les banderoles, de chouettes banderoles qu’on avait payées avec notre caisse de solidarité. Tiens, solidarité, c’est un mot que beaucoup de gens n’ont plus dans leur dico. Par cars entiers, on est allés là-haut. Pendant que les chefs des syndicats discutaient dans les bureaux avec les revendeurs et les acheteurs, nous, on se caillait les miches dehors en les attendant. Remarque, on a quand même bien rigolé, surtout qu’on avait pris de quoi s’abreuver car ça donne soif de gueuler dans le micro. Comme j’ai un bel organe que disent les copains en se marrant, c’est moi qui la tenais la sono, et j’ai sacrément gueulé. Et au retour, dans le bus, je t‘explique pas ! Même que dans le fond, ça a dégénéré un peu, du genre grosses vannes et pelotages avec les nanas des bureaux, il paraît. Il paraît, car moi j’étais devant, vu que je suis malade en bus. Mais bon, il fallait bien que je les accompagne quand même les copains, c’était le minimum, on était tous dans la même galère. Oui, on a tout essayé. Tiens le nombre de jours de grève, je ne t’explique pas combien y’en a eu. Et des fins de mois où en a mangé des nouilles à la baraque, y’en a eu.
Et le dernier jour, quand on a fait notre manif en ville, quand ç’a été le baroud d’honneur. T’avais que nous, tout seuls comme des cons dans les rues. Pas un chat pour nous encourager. L’année d’avant, ils étaient plus nombreux à l’arrivée de l’étape du Tour de France, les cons ! Y’en a même de la boîte qui sont pas venus, et ceux-là, le lendemain, on les a pas loupés, ça a même failli friter ! Ceux des autres turnes, pas la queue d’un ! Ils se sentaient pas concernés, qu’ils nous ont dit., les salauds ! Ils ont même pas voulu débrayer, les empaffés, ne serait-ce deux heures, histoire de faire nombre avec nous. Les enculés ! Et la population, les citoyens de mes deux, là encore, y’avait pas grand monde. Si ! Quelques vieux, des anciens de la maison. Bref, t’aurais juré un vrai enterrement. Heureusement qu’il y avait nos banderoles pour faire de la couleur. Quand on a démarré, une petite centaine pas plus, tu sais, j’ai cru que j’allais chialer. Et on s’est traînés comme à la retraite de Russie. Remarque, ce jour-là, on a eu beau temps, heureusement dans un sens. On a défilé par la grande avenue jusqu’à la place. Y’a un flic qui nous a dit qu’il était de tout cœur avec nous. Au moins, y’en a eu un pour nous dire ça parce qu’il fallait vraiment pas compter sur les passants pour nous filer un peu de baume au cœur. Que des vieux sur les trottoirs, et qui nous faisaient plutôt un sale œil. Et les élus du coin tu vas me demander ? Pas un ! Ah si ! Ils nous avait envoyé deux ou trois sous-fifres. Les autres, les gradés, ils étaient en pourparlers que nous a expliqué un second couteau qui nous a lu plus tard un communiqué des élus comme quoi ils étaient solidaires, qu’ils agissaient auprès d’un ministre pour qu’il examine la situation d’un peu plus près. Tu parles ! Ils auraient mieux fait d’être là, les élus, au coude à coude, avec nous, sur le terrain.. Mais sur le terrain, ils y sont plus depuis un moment. Tiens, mon père me racontait souvent que les gars de nos partis, autrefois, ils étaient tous les vendredis matins sur le marché pour vendre leur canard et faire leur réclame. Je te garantis, ça fait un sacré bail qu’on les voit plus, qu’ils nous écoutent plus. Et après, les cons, ils s’étonnent qu’on vote plus pour eux ! Sur la place de l’Hôtel de Ville, on a quand même eu l’autorisation d’exhiber aux passants ce qu’on fabriquait, des produits performants, haut de gamme même.. On a eu droit à une belle photo par le journal que j’ai longtemps gardé mais que j’ai foutu à la poubelle un jour que j’étais en colère contre tout ce qui nous était tombé sur le rable. Bien sûr, il a fallu se fader le discours d’un bouffon en costard. Moi, j’ai pas applaudi, faut pas se foutre de la gueule du monde. Le secrétaire de notre union locale, celui qui chante dans les banquets, a déclaré haut et fort, qu’on y arriverait jamais tout seuls, qu’il fallait la mobilisation de tous, qu’il fallait la grève générale pour leur gueuler que ça suffisait leur politique de casse de tous nos emplois, de tous nos droits et de tout le reste dont la liste était longue. J’étais d’accord avec lui, mais vu la chiée qu’on était sur la place, j’ai été pris d’un doute et je me suis dit qu’il y avait du pain sur la planche avant d’y parvenir. Mais je l’ai applaudi quand même. Quelque part, ça nous réchauffait un peu les tripes.
Ah ! Enfin ! Il en prend un, un pas gros, un candidat au suicide. Heureusement qu’il a la pêche, ça l’occupe un peu aux beaux jours, parce que cela fait déjà trois ans qu’il glande. On leur avait promis un plan social. Des copains y ont eu droit, mais lui, comme il avait passé l’âge ; il a préféré la préretraite et l’indemnité de licenciement. Il a fait et refait ses comptes. La maison des parents, un héritage, avec un bon bout de jardin autour, était finie d’être retapée, il n’y avait plus de gros frais à engager.. Sa grande avait une bonne place de secrétaire dans un cabinet de vétérinaire et son plus jeune commençait un apprentissage dans un garage. Tous les deux étaient casés, c’était déjà ça. Et puis, il y a un an et demi, sa femme a trouvé un temps partiel comme caissière dans la grande surface à la sortie de la ville, et ça fait un peu de beurre dans les épinards. Avec sa retraite à lui, ça peut rouler. Pas mal d’autres avaient fait comme lui. Beaucoup avaient choisi de tout liquider et d’aller voir ailleurs. Les étrangers eux, ils avaient touché le pactole et étaient repartis pour le bled. Là-bas, ils avaient tous ouvert un petit commerce. De temps en temps, il recevait même une carte postale en couleur qu’il punaisait dans les cabinets. De toute façon, la taule, il en avait soupé. Depuis l’âge de seize ans, il avait eu sa dose. Des horaires déréglés, une semaine le jour, une semaine la nuit, il ne supportait plus. Il dormait de plus en plus mal, il avait mal au bide et aux articulations, aux coudes, aux genoux. Quant au dos, il valait mieux ne pas en parler. Et pour le crac-crac avec la manman, avec les horaires, c’était plutôt coton de trouver le bon moment. Oui, il avait donné, et bien donné. Mais aujourd’hui, là en ce moment, il en regrette bien des choses, des petites choses qu’il n’a plus. Comme le jus du matin avec les copains dans le troquet près de la taule. Comme les odeurs des mal lavés qu’on ne manquait pas de charrier. Comme l’épais nuage de fumée à couper au couteau. Comme les franches rigolades dans les vestiaires car il y avait toujours un grand con qui avait en toujours une bien grasse à raconter. Comme les engueulades, mais qui étaient devenues de plus en plus rares, au moment des élections. Comme les méchouis en fin d’année quand le rosé faisait qu’on voyait les robes des femmes encore plus transparentes…
Mais tout ça, aujourd’hui, c’est bien fini. Au début, il était plutôt content de ne pas devoir se lever à point d’heure. Il avait plus de temps pour lire le journal. Au printemps, en été, il avait plus de temps pour son jardin, pour ses lapins. Il s’était même dit qu’il aurait bien pu voyager. Ses copains du bled l’invitaient, mais ça coûtait cher d’aller les voir, et c’était toute une expédition. Oui, au début, il avait apprécié .Puis l’hiver était venu. Pas de jardin, pas de pêche. L’après-midi, après la sieste, il s’endormait vite devant la télé. Il tournait en rond comme une âme en peine. Pour tuer le temps, il avait tendance à siroter un peu pour s’abrutir en attendant le soir. Il aurait pu aller au café voir les autres, mais le café, celui près de la taule, il avait fini par fermer, faute de clients. Et puis les copains n’y allaient plus, ils surveillaient leur portefeuille, les manmans veillaient. Il était fini le temps où le prolo se faisait plaisir avec une topette de blanc et un paquet de Gauloises. Les prix avaient grimpé., et il y avait cette loi à la mords-moi le nœud sur le tabac. Entre copains, on se voyait donc de moins en moins. D’ailleurs, c’est sûr, on aurait parlé de la boîte, des anciens, de la bataille qu’on avait menée et qu’on avait perdue, et, résultat, on se serait fait mal quelque part. De temps en temps, on allait encore faire un tour au syndicat pour donner un coup de main car il y a toujours des journaux à plier, des enveloppes à coller. Mais, là aussi, on sentait bien qu’on n’avait plus sa place. Et puis, petit à petit, on a commencé à avoir honte d’être des glandeurs, des payés à ne rien foutre. Alors, on s’est mis à se cacher, à se terrer chez soi comme des pestiférés. Lui, par exemple, pour venir à la pêche, il rase les murs en veillant bien à ce qu’on ne le voie pas, surtout les voisins. Aujourd’hui, par exemple, il n’est pas bien à l’aise d’être là à surveiller son bouchon pendant que d’autres triment comme des esclaves. Et puis, à la maison, ça dégénère de plus en plus souvent depuis que la manman travaille. Il aurait pu faire le ménage et la vaisselle ! Il aurait pu préparer la bouffe ! Et l’autre dimanche, la fille s’y est mise aussi. Comme quoi il se laissait aller, comme quoi il pourrait faire un effort. Il n’a même pas pris la peine de lui répondre, il est allé faire un tour. La petite conne ! Elle est le cul sur une chaise toute la journée ! Elle risque pas de se salir les mains ! La merde, elle connaît pas ! Tant mieux pour elle, et pourvu que ça dure. Quant au jardin, il a de plus en plus de mal à le faire. Le toubib lui a même conseillé d’y renoncer ! Merde ! Il n’est pas si vieux que ça !
Même s’il en avait soupé de l’usine, il se rend compte qu’elle lui manque. Certains matins, il y allait à reculons, mais bon, une fois sur place, il redémarrait au quart de tour. Il faisait partie d’une équipe, il avait sa place, il avait l’impression de faire du bon boulot de qualité, du haute gamme comme disait la direction. Et là, aujourd’hui ? Il est sur le banc de touche.
Fernand Gélinard s’arracha de son fauteuil, déposa son journal sur la table de la salle à manger, se dirigea vers le buffet, ouvrit le tiroir, prit la paire de ciseaux et découpa avec beaucoup de soin l’article qu’il venait de lire.
C’est en déblayant terre, cailloux et matériaux de toutes sortes qui s’étaient accumulés depuis des années dans une citerne, dont il venait récemment de découvrir l’existence, qu’un de nos résidants étrangers de nationalité hollandaise, M. Hartig, a fait une macabre découverte. En effet, alors qu’il parvenait enfin au fond de cette citerne, sa pelle a heurté, ô stupeur, un crâne humain. Quelque peu choqué, M. Hartig a cependant poursuivi ses fouilles et d’autres ossements – humains - sont vite apparus…
Ferdinand Gélinard connaissait parfaitement les lieux mentionnés, le hameau des Roquiers, à quelques kilomètres de la petite ville de M. où il était né, où il avait passé son enfance et une partie de sa jeunesse.
Les Roquiers ? A l’époque, quelques maisons et quelques bâtiments agricoles éparpillés au milieu des prés et des bois, Les maisons ? En ce temps-là, deux servaient déjà de résidences secondaires à des Anglais. Une troisième était inoccupée depuis longtemps. Un peu plus loin, au bout du chemin tordu, et un peu plus à l’écart, à la lisière de la châtaigneraie, une quatrième abritait alors un quatuor de biteniques, comme disaient les plus anciens. Trois hommes, une femme. Dans les environs, on avait sacrément jasé… Pensez donc ! Une femme pour trois hommes, il devait s’en passer des choses là-haut ! Ils étaient venus s’installer à l’automne 73, après les vendanges, au moment du putsch de Pinochet au Chili, l’année aussi où l’on commença de parler de choc pétrolier. Ces quatre beatniks, il les revoyait très bien. A M., au Bar des Halles, à plusieurs reprises, autour d’un demi pression, il avait engagé la conversation avec eux. Deux grands mecs, blonds et costauds, un plus petit, barbu et déjà dégarni, et la fille, une petite qui avait l’air sérieuse et polie. Ferdinand Gélinard, qui était du coin, leur avait refilé quelques combines. Où trouver du bois de chauffage pas trop cher… Où trouver un petit vin de pays bon et pas trop cher… Où trouver des tas de choses vitales… pas trop chères ! Et où trouver de l’eau ! En effet, ces gars et cette fille de la ville étaient venus s’installer dans une maison (qu’on leur prêtait) qui n’avait pas l’eau ! A cette époque-là, c’était encore fréquent sur le plateau des Mazières qu’ailleurs on eût appelé causse… et qui ne comptait ni puits ni source. Là haut, il fallait donc se débrouiller et bricoler. Oui, il les revoyait très bien. Comme par hasard, c’étaient eux qu’on avait surtout inquiétés quand il y avait eu toute cette histoire… On s’était acharné. On les avait tellement fait c… qu’ils étaient partis. Définitivement. On avait poussé un Ouf de soulagement !
Ferdinand Gélinard n’a rien de prévu pour cet après-midi. Depuis qu’il est en retraite… Alors, il va faire un petit pèlerinage. Trois bonnes heures de route pour monter là-haut, jusqu’au hameau des Roquiers, à dix kilomètres de M., là où il fit aussi ses premières armes. En effet, ce « mystère des Roquiers » (comme on écrivit à l’époque) fut l’une de ses premières affaires, l’un de ses premiers papiers, l’une de ses premières piges.
- Putain ! Cette « affaire Parachon », presque quarante ans déjà !
- Alors, c’était quoi ce « mystère », cette «affaire » ?
- Aux Roquiers, en plus des maisons, tu avais aussi deux granges et une étable qui appartenaient aux Parachon, un couple avec un gamin qui n’avait pas encore ses vingt ans dont la ferme se trouvait à un petit kilomètre, au bord de la départementale. Dans leurs granges, ils remisaient des tas d’engins agricoles. Des antiques, des inutiles, des rouillés, des encombrants. Et puis aussi des tas de machins et de trucs de paysans. Bref, un vrai foutoir ! Les Parachon ? Un drôle de couple. Elle, la Sylviane, il faut le dire, c’était vraiment une belle femme. Une femelle, dans le sens noble du terme. Oui, une sacrée belle fille ! Et elle le savait. Et elle en jouait, surtout dans les bals d’alentour. On lui en prêtait des aventures… Jusqu’au jour où elle s’enticha du Gilbert Parachon. Sur le coup, personne n’a compris. Tu penses, la Sylviane avait tout juste dix-huit ans alors que le Parachon en avait déjà trente-deux. Ce Parachon ? Pas le méchant gars, bosseur, mais plutôt gros benêt (pour être poli). Mis à part son service militaire en Allemagne, il n’était jamais sorti de son trou. On pouvait dire ce qu’on voulait sur lui, c’était un sacré bosseur, un vrai paysan qui tenait son affaire. D’abord avec ses vieux, puis tout seul, quand ces deux-là sont morts. Mais on a vite saisi. Au bout d’un mois de fréquentation, ils se sont mariés. Cinq mois plus tard, ils avaient le Jacky. Plus tard, quand le gamin a grandi, tout le monde a trouvé qu’il ressemblait bigrement au Michel Thomassin…
- Et après ?
- Après ? Rien de très intéressant. Seulement, tu sais ce que c’est à la cambrousse… On papote, on cancane, on fait des allusions, on sort de grosses blagues. Et même s’il ne saisissait pas tout, le Gilbert Parachon se rendait quand même compte qu’on se foutait de sa gueule. Et puis il s’est mis à picoler, à devenir plus taciturne, avec parfois des colères de bon gros qui en a marre d’être la risée du voisinage. D’autant plus que la Sylviane n’avait pas renoncé à ses habitudes. Elle était plus souvent par monts et par vaux qu’au cul des vaches. Tiens, je me souviens qu’un après-midi, en allant aux châtaignes là-haut, sur le plateau des Mazières, je les ai surpris, elle et le Légionnaire… Bref, un train-train qui a duré jusqu’au jour où le Gilbert Parachon a disparu.
- Un matin, la belle Sylviane est descendue à la gendarmerie, tiens-toi bien, à Mobylette, pour signaler la disparition de son mari. Elle ne l’avait pas vu depuis deux jours. Elle s’inquiétait. Elle n’était pas venue tout de suite parce qu’il avait parfois des lubies. Par exemple, il allait dormir dans la maison abandonnée, celle de sa tante. Mais il n’y était pas. Son fils avait exploré tout le coin avec sa Mobylette. Elle, elle avait fait la même chose mais à pied parce que la camionnette, elle aussi, avait disparu ! Mais rien, pas la moindre trace du gros Gilbert… Alors, elle s’était décidée à alerter les gendarmes…
- Ils ont suivi la procédure, ils ont mis en branle tout leur dispositif. Les premiers qu’ils sont allés voir, ce sont les beatniks. C’est vrai qu’ils avaient eu des mots avec le Gilbert, et ce, à plusieurs reprises. D’abord, à leur arrivée, ils étaient entrés dans le jardin clos des Anglais dont s’occupait le Gilbert our tirer de l’eau dans ce qu’ils croyaient être un puits. Mais c’était une citerne ! Pour garder les eaux de pluie ! Et c’était pas inépuisable ! Une autre fois, le Gilbert les avait surpris qui « empruntaient » du bois sur un de ses tas. Une fois encore, ce fut pour une histoire de partie de foot dans un de ses prés. Bref, des querelles de voisinage comme il y en a dans toutes les cambrousses. Mais c’était cinq ans après Mai 68… Bref, les gendarmes leur ont pas mal pourri la vie. Au bout d’un mois, les gendarmes ont levé le pied. Ils ont expliqué à la Sylviane que des disparitions comme celle-là, soudaine et inattendue, il y en avait des centaines chaque année. Un jour, comme ça, des gens quittaient tout, sans un mot d’explication, sans laisser d’indices et, bien sûr, sans laisser d’adresse, ma pauvre dame ! Et puis un médecin avait déclaré qu’il suivait Gilbert pour une dépression. Alors, on a parlé de suicide… Il aurait fallu, entre autres, visiter toutes les forêts, sonder tous les étangs… D’autant plus qu’il n’y avait aucune trace de la vieille camionnette…
Tout en roulant, Ferdinand Gélinard prend soudain conscience qu’il parle… seul ! Qu’il fait les questions et les réponses ! Bah ! Il n’est pas encore gâteux et ça l’occupe ! Avant de partir, il a relu les deux papiers qu’il avait écrits pour le journal régional dont il n’était alors qu’un simple correspondant et qu’il a précieusement conservés. Lui, le fils unique d’un quincaillier veuf et solitaire, voulait faire carrière dans le journalisme à l’issue d’études littéraires un tantinet chaotiques. Et la disparition de Gilbert Parachon avait été l’occasion de mettre le pied à l’étrier. Il était devenu le Rouletabille du canton ! A ce titre, il avait fait sa petite enquête. Il avait fouiné du côté des Roquiers… Par exemple, il s’était introduit dans les deux résidences secondaires des Anglais ! A l’époque, on ne parlait pas de tous ces systèmes d’alarme sophistiqués. Quant aux deux pièces humides et mal éclairées dans lesquelles Gilbert Parachon avait trouvé refuge, c’était un tel souk (pour être poli) qu’il avait été tétanisé par l’ampleur de la tâche ! Il avait fouiné dans les granges et dans l’étable. En furetant dans les coins et recoins, en craignant d’être soudain surpris et, surtout, en remuant tout ce foin, des images troublantes de la belle Sylviane lui étaient venues par pleines bouffées… Mais rien. D’ailleurs, il n’était qu’un piètre amateur. Pour tout bagage, il n’avait que ses lectures. Gaboriau, Leblanc, Leroux, Very, Simenon, Boileau-Narcejac, Malet et un petit nouveau, Manchette. Cependant, le long d’un pignon de la grange, celle mitoyenne de la demeure en déshérence où logeai le disparu, celle la plus près du chemin, sur un carré de terre de trois mètres sur trois, il avait remarqué de profondes traces de tracteur, comme si on avait roulé là pour tasser le sol. En même temps, c’était plein de grosses caillasses. Quand ils voulaient entrer dans l’autre grange ou en sortir avec leurs engins encombrants, il était évident que le Gilbert ou le Jacky étaient obligés de manœuvrer, de rouler à cet endroit. Tout un art ! Qui expliquait ces traces… Durant ses vacances universitaires, il avait également exploré les petits bois sur le plateau des Mazières. Mais rien. D’ailleurs les gendarmes avaient passé l’endroit au peigne fin avec des renforts et un maître-chien. L’animal n’avait rien reniflé. Alors, dans les quelques cafés de M., Ferdinand Gélinard avait écouté les conversations et noté les différentes supputations… Mais il ne possédait pas les moyens matériels nécessaires (ni téléphone, ni automobile) pour se lancer sur les pistes plus ou moins fantaisistes suggérées par les uns et les autres. Il avait finir par se lasser et s’était consacré plus assidûment à ses études…
Mais aujourd’hui, quarante ans après, il va enfin y voir plus clair. Il traverse M. sans s’arrêter, emprunte la mauvaise route qui mène jusqu’au plateau, prend à droite, dépasse la ferme des Parachon sur sa gauche et se gare sur le bord de la départementale, à proximité du chemin d’herbe et de cailloux qui mène jusqu’aux Roquiers. L’endroit n’a guère changé. Mais, fait notable, c’est moins sale, c’est plus coquet. Les deux résidences secondaires, celles des Anglais, sont devenues plus pimpantes. Quant à la maison de la tante du Gilbert Parachon, eh bien, elle a sacrément changé ! Tout comme la grange mitoyenne qui semble être devenue un atelier. La maison a dû être vendue et restaurée. Les abords ont été nettoyés. Derrière, le verger et le jardin sont désormais entretenus. Quant aux deux granges et à l’étable, elles sont closes.
Bien évidemment, c’est le fameux tas de terre entassée et la citerne déblayée que Ferdinand Gélinard a tout d’abord aperçues, délimitées par un ruban réglementaire infranchissable.
- Vous cherchez quelque chose ? interroge une voix dont l’accent n’est pas d’ici.
- Ah ! Il faut toucher rien, vous savez ? J’ai trouvé une mort dedans. Depuis, des questions, beaucoup, des gendarmes. Ennuyant pour moi, tout ça.
Oui, Ferdinand Gélinard comprend ! Enfin ! Il comprend en voyant le tronçon de tuyau en zinc qui descend à l’oblique le long du pignon de la grange. Autrefois, quand il n’y avait pas encore l’eau courante dans les maisons du plateau, on bricolait. Il pleuvait, l’eau glissait du toit, tombait dans la gouttière et s’écoulait par un tuyau jusque dans une citerne recouverte le plus souvent d’une dalle en ciment qu’on dissimulait sous une couche de terre. Dans un coin, on ménageait une petite ouverture. Au-dessus de ce trou, on montait un ensemble en pierre avec un petit toit. Enfin, avec une poulie, une chaîne et un seau, l’ensemble faisait penser à un puits. D’où la méprise des beatniks ! Certains de ces systèmes étaient même équipés d’un philtre qui permettait d’avoir de l’eau propre pour les usages domestiques.
C’est au fond d’une de ces citernes qu’il avait disparu, le Gilbert Parachon. Mais de quelle manière ? Et qui l’avait jeté là-dedans ? Et pourquoi ?
Tout en redescendant vers M., sa petite ville natale, Fernand Gélinard commence à avoir sa petite idée… Il entrevoit le film des événements…
Un soir de février 1974, Gilbert Parachon rejoint son antre. Il a bu. Dans les différents cafés de M. Comment a-t-il pu rouler dans cet état ? Mystère ! Il veut encore boire avant de s’endormir dans cette maison délabrée où il a désormais élu domicile. A l’intérieur, tout n’est que désordre et saleté. Il cherche quelque chose à boire. Il ne trouve rien. Il remonte jusqu’à la ferme. Sa Sylviane a des liqueurs dans un buffet mais elle le ferme à clé. Il pénètre dans ce qui n’est plus chez lui. Sa femme et son fils dorment. Il cherche la clé du buffet mais ne la trouve pas. Il s’énerve, renverse des meubles, se met à hurler. Sylviane se réveille et descend dans la salle à manger. Altercation. Mots. Injures. Ivrogne ! Putain, sale Putain ! Gilbert gifle Sylviane, la bouscule, la jette à terre, l’insulte encore. Traînée ! Sale traînée ! Il lui revient en pleine figure toutes les allusions et toutes les plaisanteries qu’il a encaissées au cours de sa dernière virée dans les cafés de M. Il est pris de cette rage des faibles qui un jour ont en assez d’avoir trop subi. Sylviane hurle. Jacky descend de sa chambre. Il ne cherche même pas à s’interposer. Froidement, il décroche le fusil du râtelier, écarte Gilbert et tire par deux fois, calmement. Il n’a jamais aimé cet homme qui n’est pas son père, qui l’a obligé à quitter le CET pour travailler à la ferme comme un véritable esclave, du soir au matin, par tous les temps, chaque jour de la semaine, sans même un vrai dimanche de repos. Après ? La mère et le fils pourraient déclarer qu’il s’agit d’un accident, pourraient invoquer la légitime défense… Non, Jacky prend les choses en main. Il demande à sa mère de tout nettoyer, de brûler les vêtements, le portefeuille avec les papiers. Lui, se charge du cadavre. Il se rend aux Roquiers. On est en février. Les Anglais ne sont pas là. Quant aux beatniks, ils sont trop loin pour voir ou entendre quoi que ce soit. Jacky sait manier le tracteur. Il installe le godet. Il gratte et enlève la terre assez meuble qui dissimule cette citerne condamnée que plus personne n’utilise depuis des lustres. Il creuse assez profond. Il jette le corps tout au fond. Il rebouche la fosse, tasse et dame la terre. Sans s’affoler, il travaille méthodiquement et proprement. Avec son engin, il avance, il recule à plusieurs reprises. Ces traces de roues seront celles des habituelles manœuvres… Il a peut-être omis un tout petit détail. ? Ce tronçon oblique de tuyau en zinc qui court le long du pignon… Ce qui suscitera plus tard la curiosité du Hollandais qui s’interrogera sur l’utilité de ce cylindre cabossé… A la fin de ses travaux nocturnes qui lui ont demandé plusieurs heures, Jacky fait le tour de l’endroit, avec le sentiment du devoir accompli. Il est satisfait. Il s’en retourne vers la ferme. Il terminera la nuit dans les draps de sa mère…
Lors du procès d’un Jacky de cinquante ans, on apprendra aussi… En vrac… Que la vieille camionnette avait été précipitée la nuit même par Sylviane dans le trou plein d’eau très profonde d’une ancienne carrière à quelques kilomètres du plateau… Que le fils ne s’était jamais marié… Qu’il s’était abruti de travail… Qu’il s’était consacré corps et âme à sa mère… Que cette dernière était morte - officiellement - d’une rupture d’anévrisme (plus vraisemblablement d’une chute dans l’escalier, chute due à trop d’alcool)… Que l’eau courante était arrivée aux Roquiers en même temps que la gauche était arrivée au pouvoir… Que la maison de la tante était tombée lentement en décrépitude… Qu’elle avait été enfin vendue en 2001 - quand la banque s’était fait plus pressante - à un Hollandais, M. Hartig… Que les plantations de ce M. Hartig avaient souffert de la canicule en 2003… Que le même M. Hartig s’était mis en quête d’une solution pour avoir de l’eau naturelle et moins chère, solution qu’il finit par trouver en même qu’il découvrit les restes cachés de Gilbert Parachon… Que la police scientifique avait fait d’énormes progrès… Qu’il était courant naguère qu’on comble des citernes afin de déprécier certaines maisons car on ne voulait pas voir des étrangers s’installer dans le coin… Qu’on n’avait pas prévu que Jacky se trancherait la gorge en cellule…
Après ce procès, Ferdinand Gélinard, ex-chroniqueur judiciaire pour un grand quotidien régional, se replongea dans la lecture d’un de ses auteurs préférés.
- Décidément, on peut se demander si les campagnes profondes ont tant changé depuis Maupassant… Parfois, elles sentent encore la cirrhose et l’inceste.
Jean-François Dormois
Il lui faut cacher bien cette molle main gauche
dedans sa poche gauche
pour sentir de sa cuisse en feu
un muscle tout raidi
qui s'active et durcit
dans l'effort sans raison
Un moment sous l'éteignoir le soleil
a réchauffé le caillou transi
Une autre paraissait plus douce
Et moins pentue Moins étroite
Son ombre vacille et cahote
Mais il consent à redescendre
jusqu'aux rumeurs des hommes
qui s'éveillent à peine en amère sueur
5
Par des sentiers qui taillent l'horizonp
plat comme un faux désert
Par des prés d'herbe froide
et plus ras qu'une lande promise
de vies sur leurs béquilles
dans leur laine frileuse
7
Eh Vieux guerrier tu rampes
comme une ombre assagie
poussant par-devant toi
dans la roche et les mousses
ta conquête éreintée
Puis ton pas chasse un autre
de son élan de plomb
jusqu'à l'abysse noire
de moiteur immobile
La ville étalée dans les pieds du plateau ronronnait à demi comme un chatte lourde et repue que ne distrait plus le pendule figé de fil et de liège accroché là
par l'enfant trop vite grandi dans la ville étalée qui se tait qui s'éteint.
9
Un homme de guerre a commandé là
Mais il ne guettait
de son donjon de givre et d'air courant
Mais le mâche-heures écumant
son périple râlant
continuent d'entailler
le granite rompu
qui feint de s'écarter
quand s'alourdit le pied
du passager fugace
Et la route, tout au fond flou,
plus étroite et serrée
que la gorge sans mot.
Derrière la grille noire et sa muraille blanche.
12
Sur la place en dévers
où rien ne passe
ni personne jamais
Mais comme en d'autres jours
guette pareillement
la paresse du soir
qui se glisse rompue
dans l'antre et le coton
14
Le soleil est aveugle
et dissout le caillou
sur lequel amolli
le passant vient chauffer
sa fatigue accomplie
Mais gronde à grands fracas
la sirène sans chant
qui redresse les hommes
Sans fatigue il prend sa place
offerte sur la pierre qui croule
Et songe à ses jours
égrenés et cariés
crachés à petits jets
d'une bouche branlante
Il sombre au fond des mots
qui dressent le rempart
du labyrinthe clos et du dédale borgne
où s'en iront cogner
les trois coups délébiles
de l'encre épaisse et noire
que déverse écumant
le remous de sa course aux ailerons perclus
18
Au matin, quelquefois - mais que c'est rare ! - il claque sa douleur ainsi qu’une porte, et s'en va.
Les mousses corrodent la route en son milieu. Les fossés sentent la semence d'homme et les averses qu'on a tant guettées par ici. Les herbes s'affolent, le griffent au passage. Le craquement d'un orme le surprend, l'épouvante, crève et creuse l'idée fixe qui s'enchevêtre ainsi que ces racines vives au flanc du talus.
Et puis il joue soudain : à mesurer ses pas, plus raides, plus longs. L'effort entre les pins qui saillissent lui donnera ce soir la paix rugueuse des brutes besogneuses.
Sur la feuille
à la diable
épeler quelques rimes
que trempe la sueur
Et tout au bout d'une course qui résonne au creux du granit antique et bombé, qu'aura-t-il accompli ?
La douleur… un instant dispersée.
Le repos… malmené dans sa bauge par ces nuits qui n'apaisent plus.
Et ces mots ne seront
qu'un jet d'encre commis
sur le coin d'une borne
19
Et près du monument des morts
désertant la campagne
un vieillard attentif
et sous son béret creux
guette l'heure effacée
qui se terre en son champ
des conquêtes perdues
20
Ce que tu quêtes par lambeaux
comme un chiot sans attache
par-delà granit et genêts
Même si ton geste vacille
Même si ton souffle rancit
à l'arène éclatée
aux pentes les plus raides
aux ronces qui te flattent
par le sel en tempête
qui dégoutte au regard
inquiet comme vigie
Une vie qui s'échauffe
dans les fonds de ta gorge
et crève à gros bouillons
comme fleuve en fusion
Ce que tu quêtes par lampées
L'allée n'avait plus ses chalands
Dans le mur clos d'en face
on avait abaissé la porte en brique étroite
Lors il s'était posé
dans l'herbe du côté
Pour s’aplatir un instant
un instant seulement
La face contre terre
Et son ventre aussi
Dans l'air en tourbillons
d'un automne assez tiède
comme la braise mauve
des pivoines défaites
22
Vers sa roche dressée
qui s'effrite au désert
il conduit sa lenteur
au goût gris de poussière
Mais dans les flots soudain
recuits du soleil au sommet
il s'effraie du murmure
qui s'en viendrait cogner
Au pas tranquille A sa vacance
23
Il est midi Clair et glacé
Derrière sa vitre close
et barbouillée d'ennui
Ulysse Chenapan
voit saillir ses poireaux
dans le sillon reclus
de son voyage antique
24
Il lui suffirait d'être
au soleil au matin
De cheminer sans hâte
et sans crainte qui flotte
On lui demanderait
des nouvelles des mots
qu'on lui reconnaîtrait
Puis il guetterait l'heure
où le vin collant coule
à petits rots mouillés
vers le palais mi-clos
Il lui suffirait d'être
au soleil au matin
De cheminer sans but
D'être un moment connu
MAIS
Ce ne sera jamais
que l'histoire inconnue
dans son fond de terroir
d'un marcheur étêté
Ce ne sera jamais
que la quête en lambeaux
d'une rime bien pauvre
à la juste raison
ON N’EST PAS A CHICAGO
1.« … Depuis toujours, j’ai ce pays au cœur. J’y suis né, j’y vis et j’y mourrai… Mais auparavant, rassurez-vous, je me battrai pour lui ! Pendant la durée de ce mandat qui s’achève, n’ai-je pas - sans discontinuer et sans compter - n’ai-je pas apporté mon soutien, tout mon soutien à ce territoire ? Lors des dernières élections législatives, j’ai obtenu plus de 57 % des suffrages dans cette circonscription. N’est-ce pas là un message fort que m’ont adressé les électrices et les électeurs ?… Je me suis énormément investi dans le secteur industriel que mon prédécesseur avait négligé… Je me suis fortement impliqué dans des dossiers importants et vitaux tels… Mes priorités en cas de réélection ? Tout le monde les connaît. Il s’agit d’avoir une ambition autour de laquelle tout se discute, se décide et se construit. Pour moi, il ne s’agit nullement d’établir l’habituel catalogue des éternelles promesses dont chacun sait qu’elles ne pourront être tenues dans le contexte actuel. Non ! Il s’agit, à partir d’un bilan approuvé par tous et d’un constat partagé avec tous, d’élaborer un véritable projet que les citoyennes et les citoyens pourront s’approprier… Au cours des derniers mois, j’ai beaucoup rencontré, j’ai beaucoup proposé, mais, surtout, et c’est fondamental, j’ai beaucoup é-cou-té. Très nombreuses et très nombreux furent les électrices et les électeurs qui sont venus me parler et qui ont participé à ma réflexion. De cette réflexion mutuelle et de ces nombreux échanges est né un projet commun que je développe avec une équipe de personnes extrêmement disponibles, remarquablement compétentes et étonnamment capables… Oui, je vous réponds : je pense que les mesures gouvernementales très en faveur du pouvoir d’achat vont dans le bon sens… Lors de mes nombreuses rencontres avec les citoyennes et les citoyens de cette circonscription, j’explique que la question du pouvoir d’achat repose sur trois points fondamentaux. D’abord, les salariés qui le souhaitent doivent pouvoir travailler davantage. Pour cela, il est nécessaire et urgent d’assouplir le carcan des trente-cinq heures. Ensuite, si l’on veut que l’entreprise génère de l’emploi, il faut absolument réduire une part importante des charges qui entravent sa volonté d’embaucher. Enfin, dans les années à venir, l’Etat doit impérativement réduire son train de vie si nous ne voulons pas voir nos enfants et petits-enfants devoir prendre en charge le fardeau d’un déficit énorme qui ne pourra que les pénaliser lourdement sur le plan financier et nuire à leur pouvoir d’achat… »
2.- Alors, mon petit Walter, vous le voyez comment ce second tour ?
- Je ne vous cacherai pas, Monsieur, que ce ne sera pas facile.
- Mais encore ?- Vous connaissez les données du problème. En face, il a fait mieux que prévu. Il va aussi bénéficier d’un bon report de voix, c’est certain. Mathématiquement, si nous bénéficions du report de voix prévu, il nous en manquera encore un bon millier pour espérer l’emporter. Et puis, il y le sempiternel problème de l’abstention…
- Dites donc, Walter, ce n’est guère brillant ! Vous entrevoyez le moyen de l’emporter sachant qu’il ne nous reste qu’une très petite semaine ?
- C’est sûr, six jours, cela risque d’être un peu court, Monsieur.
- Alors, mettez le paquet, Walter ! Mettez le paquet ! Foncez !
- En matière d’affichage, on ne pourra faire plus. Même chose pour le porte à porte, les boîtes aux lettres... Nos gens sont déjà sur le pied de guerre. Vous avez encore quelques réunions qui peuvent se révéler décisives…
- Mais l’autre en face, il a tout pour plaire ! Une gueule à la Redford ! La répartie facile ! Le sens de la formule qui tue ! Il faut l’avouer, aucune erreur dans sa campagne. Irréprochable ! Si je m’écoutais, j’aurais presque envie de voter pour lui dimanche prochain ! Dites donc, Walter, il n’aurait pas une petite faiblesse quelque part ? Vous voyez ce que je veux dire…
- Aucune, Monsieur, aucune faille. Vous n’ignorez pas que certains le surnomment même l’Incorruptible !
- Je vous rappelle que l’Incorruptible, comme vous dites, a salement fait saigner la guillotine, mon petit Walter. Tiens, elle est bonne celle-là. Non ? Il faudrait peut-être gratter de ce côté-là… Les incorruptibles ont toujours un petit vice caché.
- Je ne vois rien, Monsieur, rien. Aucun point faible. Il est absolument irréprochable. Non, vraiment, je ne vois aucune faille.
- MAIS JE VOUS AI EMBAUCHE POUR QUOI, MON PAUVRE WALTER ? Directeur de campagne, mon cul, oui ! Bon Dieu, bougez-vous ! Remuez-vous les méninges ! Et accouchez vite ! Le temps presse ! Quick ! Quick ! Trouvez-moi quelque chose qui tienne la route. Une vieille et bonne grosse ficelle ! Vous savez bien que ça paie toujours. Allez, je vous fais confiance. Mais n’oubliez pas : on n’est quand même pas à Chicago ! OK ? Vous avez déjà fait vos preuves, mon petit Walter. Go !
3.IMPORTANT DEPLOIEMENT DE GENDARMERIE DANS LA REGION
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Attaque à main armée à la succursaledu Crédit Rural de l’avenue Kennedy
Hier, en milieu de matinée, vers 10 heures, un homme encagoulé a braqué l’une des employées de la banque. Tout s’est passé très vite. Les gendarmes ont aussitôt quadrillé le secteur.
Oui, tout est allé très vite. C’est ce que confirmeront les quelques témoins présents sur les lieux. Il était 10 h du matin lorsqu’un homme encagoulé, l’arme au poing (peut-être une carabine 22 long rifle) à fait soudainement irruption dans le bureau du Crédit Rural de l’avenue Kennedy.
Malgré la présence de quatre clients, l’individu a sommé l’employée de lui remettre la caisse. Encore sous le choc, Gisèle Gravier nous déclare : « J’ai eu très peur. Il m’a surprise. Il portait un survêtement bleu, je crois, une cagoule noire et il avait un fusil. Il m’a demandé la caisse. J’ai obéi. Cela a duré à peine deux minutes. » D’après les premières informations recueillies sur place, le malfaiteur - qui semble avoir agi seul – est reparti avec une somme d’argent estimée à 1 200 euros environ. Cependant, en jaillissant de l’établissement bancaire, le braqueur s’est heurté à M. Gilbert Leriche, le député sortant de notre circonscription qui se trouvait là par le plus grand des hasards. M. Leriche a courageusement tenté d’intercepter le fuyard. Malheureusement, le voleur a frappé le député d’un violent coup de crosse en plein visage. Puis, des témoins auraient vu le braqueur ôter sa cagoule, courir et prendre la fuite à cyclomoteur tandis que M. Leriche gisait au sol, le visage ensanglanté. D’aucuns ont décrit le braqueur comme un homme jeune, plutôt grand et svelte et de type méditerranéen.
Un témoin de ce hold-up a donné l’alerte, ce qui a permis l’arrivée rapide des gendarmes sur les lieux du braquage ainsi que le déclenchement du plan Busard et le déploiement sur toute la région d’importantes forces de gendarmerie. Sous le commandement du capitaine Milan, plus d’une trentaine d’hommes ont été mobilisés sur le terrain. Les gendarmes ont procédé à de multiples contrôles de véhicules sur les axes majeurs partant de l’agglomération et en direction des départements limitrophes.
Outre le quadrillage du terrain, les techniciens de la police technique et scientifique se sont rendus sur les lieux pour les premières constatations. Les gendarmes devront visionner attentivement les images prises par la caméra intérieure de la banque. Le plan Busard, qui n’a pas permis de retrouver la trace du braqueur, a été levé à 13 h 30.
Quant à M. Leriche, qui a su payer de sa personne au moment de ce hold-up, transporté rapidement aux urgences, il semblerait que son état n’inspire aucune inquiétude. Malgré une arcade sourcilière ouverte, qui a nécessité quelques points de suture, le député sortant a tenu à préciser : « Je tiens à remercier toutes celles et tous ceux qui, fort nombreux, m’ont témoigné leur sympathie. Je tiens également à remercier mon adversaire qui a fait montre, lui aussi, de sa sympathie que je qualifierais de « loyale ». Si je suis élu, je m’engage auprès des citoyennes et des citoyens de cette ville et de cette circonscription, je m’engage à me battre pour que tous les moyens - je dis bien : tous les moyens - soient mis en œuvre afin que de telles agressions contre les biens et les personnes cessent au plus vite. Les femmes et les hommes de ce pays aspirent à l’ordre et à la sécurité. Ces femmes et ces hommes, leurs familles et leurs enfants, désirent avant tout que les lois de ce pays qui est le leur soient respectées et qu’on en finisse avec de telles exactions ne sont l’œuvre déplorable que d’une infime minorité. »
4.
Elections législativesDernière ligne droite décisive
Majorité-Opposition : le coude à coude
Quelle majorité sortira des urnes ?
Assemblée nationale :quelle couleur pour les 5 ans à venir ?
Un scrutin plus serré que prévu
Dimanche 17 : chaque voix comptera
5.
- Bonjour Monsieur. Comment vous sentez-vous ?- Comme on peut se sentir après un coup pareil, mon cher Walter ! Vous avez vu la tête que je me paie ? On croirait Rocky ! Vous savez, j’ai passé l’âge de jouer les Zorro ! Ah ! le salaud, il ne m’a pas raté ! Si vous aviez vu, mon arcade pissait le sang !
- C’est une partie du corps assez fragile. Quand elle est touchée, c’est toujours spectaculaire, mais ce n’est pas grave. Les médecins ont dû vous rassurer ?
- Oui, mais un costume de foutu ! Et une tête pas très photogénique !
- C’est sans doute le prix à payer, Monsieur. Votre geste courageux a été très apprécié. Même la presse nationale en a parlé. Il se dit un peu partout que vous avez su payer de votre personne. Ce qui n’est pas si fréquent par les temps qui courent
- Mais, vous croyez que je peux sortir et me balader avec une tête pareille ?
- Je vous le conseille, Monsieur, je vous le conseille. Soyez certain qu’on ne vous parlera que de ce hold-up et de votre intervention. Esquivez. N’exploitez en rien ce qui est arrivé. On vous accuserait d’exploiter, voire d’instrumentaliser votre agression. Revenez-en aux points essentiels de votre campagne. N’oubliez pas qu’il ne nous reste que deux jours. Nous ne pouvons plus disposer de chiffres, mais il se dit que votre cote serait plutôt à la hausse…
6._______________________________________________
Le braqueur du Crédit Rural court toujoursMalgré l’important déploiement des forces de gendarmerie, l’auteur du braquage de l’agence du Crédit Rural court toujours. Rappelons qu’il était entré dans l’établissement bancaire cagoulé et armé et qu’il s’était fait remettre un fond de caisse d’environ 1 200 euros. Rappelons encore que le malfaiteur, au cours de sa fuite, avait blessé au visage M. Gilbert Leriche, député sortant, qui se trouvait par hasard sur les lieux et qui tentait d’intercepter l’individu.
Les gendarmes avaient immédiatement déployé plusieurs dizaines de militaires dans l’agglomération ainsi que dans sa région.
Aujourd’hui, toutes les hypothèses sont possibles. Il est quasi certain que l’auteur du braquage a agi seul. Après son forfait, a-t-il eu le temps de passer à travers les mailles du filet tendu par la gendarmerie ? Ou bien est-il encore dans le secteur ? L’enquête ouverte par les forces de gendarmerie va s’efforcer de répondre à ces questions. En tout cas, elles ne négligent aucune piste et continuent d’enquêter sur le terrain. De plus, les images prises par la caméra intérieure de l’établissement constitueront une pièce importante qui sera exploitée par les gendarmes, tout comme les diverses informations recueillies auprès des premiers témoins, parmi lesquels M. Leriche.
7.Deux cent quatre-vingt-sept voix ! Et pas une de plus ! Dites donc, mon cher Walter, nous avons eu chaud ! Je suis persuadé que s’il n’y avait pas eu ce hold-up et ma présence… fortuite à la sortie de la banque… Mais il se murmure déjà que j’aurais refait mon retard grâce à mon arcade sourcilière ! Et que je l’aurais remporté grâce à un peu d’hémoglobine ! Il se dit même que tout ça sentirait la mise en scène, le mauvais film américain. Mais vous n’ignorez pas, mon cher Walter, qu’il se raconte des tas de choses dans nos petites provinces. On n’est quand même pas à Chicago, non ? Il ne faudrait tout de même pas que des faiseurs de rumeur gâtent cette nouvelle victoire. Il ne faudrait pas non plus que quelqu’un puisse confirmer ces bruits, voire apporter certaines preuves… Mon cher Walter, je compte donc sur vous pour faire taire ces rumeurs… infondées.
8.____________________________________________________Hold-up du Crédit Rural : tragique épilogue
Macabre découverte en forêt de Chavannes. Alors qu’il effectuait son jogging hebdomadaire, M. Christophe Maillard a eu son attention soudainement attirée par une masse assez volumineuse accrochée à la branche d’un chêne. Quelle ne fut pas sa frayeur quand il découvrit qu’il s’agissait là d’un corps humain. Reprenant ses esprits, M. Maillard appelait pompiers et gendarmes. Lesquels, arrivés sur les lieux de la macabre découverte, n’ont pu que constater le décès par pendaison d’un individu dont l’identité n’a pas encore été révélée. Cependant, les gendarmes constataient très vite qu’il s’agissait là du braqueur du Crédit Rural recherché depuis plusieurs jours. En effet, non loin du corps sans vie, ils découvraient un sac de sport contenant notamment une part du magot, l’arme ayant servi lors du hold-up ainsi que quelques boîtes de conserve. Quelque temps plus tard, les gendarmes devaient retrouver le vélomoteur abandonné dans la Grande Allée des Cerfs. Pour le moment, les enquêteurs retiennent la thèse du suicide. Pour eux, le jeune malfaiteur, aux abois depuis le quadrillage permanent du terrain, aurait « craqué » et aurait mis fin à ses jours. Cependant, il demeurerait quelques zones d’ombre autour de ce tragique épilogue. Affaire à suivre…
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